Après une longue hésitation, des amis m’ont convaincu de publier mes carnets de voyage. C’est donc ici qu’ils prendront place, au moins ce blog servira à quelque chose ! Ces carnets sont issus des notes que je prends presque quotidiennement en voyage (souvent dans les transports) et relatent les expériences heureuses ou malheureuses, les moments partagés avec les rencontres de passages, les visites etc. C’est ainsi l’occasion pour vous de découvrir ce qui se cache derrière les beaux clichés que je peux ramener. La réalité est souvent plus dure ! Je m’attarde souvent à décrire et raconter l’histoire des lieux et villes que je traverse ainsi que la personnalité des personnes que je rencontre et la vie quotidienne du backpacker.

Que ces récits servent d'expériences à tous les voyageurs itinérants comme moi qui aiment parcourir le monde.

20.2.11

Carnet de voyage Asie 3 : centre du Vietnam

20 juin : la cité impériale de Huế, 988km
La lumière du jour nous réveille de bonne heure dans le bus au niveau d’une zone montagneuse donnant sur la mer. Les kilomètres défilent, enfin l’impression d’avancer après nos 3 jours dans le Nord. Les villages se succèdent, à l’ouest les montagnes énigmatiques cachent la frontière avec le Laos. Le Vietnam est très étroit à cet endroit, à peine 50 km. Nous nous arrêtons pour le petit-déjeuner au niveau de la DMZ, la zone démilitarisé au niveau du 17ème parallèle qui marquait la dangereuse frontière entre le Vietnam nord, communiste, et le sud « libre».
Arrivé à Hué, la capitale impériale du Vietnam. La ville fut la capitale de la dynastie des Nguyên de 1802 à 1945. Les empereurs ont façonné cette ville à leur image par d’importantes fortifications. La ville entière est close dans une enceinte fortifiée et protégée par des douves. A l’intérieur se trouve la cité impériale, où résidaient l’empereur et sa famille. C’était une véritable Cité interdite où peu de personnes pouvaient entrer. L’architecture est magnifique avec les toits relevés de style chinois. La grandeur du site ne donne qu’un petit aperçu de la splendeur d’antan. Beaucoup de bâtiments n’ont pas résistés aux bombardements de 1945. La conservation de ce site laisse pourtant à désirer. Dans l’enceinte de la cité impériale on trouve des cours de tennis et des habitations !
En cherchant une fameuse adresse culinaire dans notre guide nous perdons Fatima. Je reste avec Niels et nous mangeons dans un restaurant très sympathique : Lac Thiên (dans le Guide du Routard !) avec sa façon toute personnelle de décapsuler les bouteilles (une vis dans un bout de bois en guise de décapsuleur)! C’est ici aussi que nous goûtons à la Huda beer et sa fameuse Danish Technology, ce qui a bien fait rire mon camarade Danois. De toute façon avec cette chaleur, une bière fraîche n’est jamais mauvaise !
Hué est un véritable bol d’air, moins cher et moins fatigant que Hanoï ! Les bières sont à 10,000D (le double dans la capitale) et un repas coûte 15,000D !! Les gens eux-mêmes semblent plus chaleureux, ça rassure. Je profite avec Niels des scènes de rue : les gamins jouant au foot devant la citadelle (photo), les multiples vendeurs de jus de fruits qui vous préparent leurs smoothies avec les fruits frais etc.
Nous cherchons Fatima partout dans la ville et la retrouvons finalement à l’hôtel !


21 juin : Thuận An et Suoi Voi
Fatima a fait la rencontre d’un français hier soir, et ils se sont donnés rendez-vous ce matin au pont, pour partir en excursion … en scooter ! A 8h30 nous faisons la connaissance d’Anthony, un sudiste qui a migré à Paris et qui voyage seul à travers le Vietnam. On loue des motorbike à son hôtel (10$ par véhicule) pour un fantastique tour dans la campagne de Hué : 2 scooters pour 4 riders.
Les débuts sont périlleux comme d’habitude, j’étais le seul à avoir fait du scooter. Première galère : trouver de l’essence, les réservoirs sont vides !!! Mais bon allez demander en vietnamien où se trouve la station la plus proche ! Il y a bien les vendeurs de pétrole dans les bouteilles de pepsi le long de la route, mais cela ne va pas nous remplir notre réservoir. Finalement on trouve une station à la sortie de la ville. Et c’est partit vers la plage de Thuận An à l’est de Hué. Les touristes sont bienvenues en laissant leurs véhicules à l’ombre et en sécurité pour 5000D. Pour le parasol pareil ! Mais le décor est paradisiaque, palmier, eau rafraîchissante etc. 3 enfants sont venus nous rejoindre pour s’amuser. Galipette et bonne partie de rigolade ! Une approche pas tout à fait désintéressée puisqu’une fois sortie de l’eau, ils reviennent chargés de chips et snacks en tout genre. Joie et misère se côtoient tous les jours… Nous leur souhaitons bon courage et continuons notre route vers le sud.
Nous sommes sur un très long îlot coincé entre la lagune de Cầu Hai et la mer. Les villages se succèdent ainsi que des constructions étonnantes. On dirait des tombes perdues dans le sable tout le long de la route. Villages paisibles jusqu’à notre pause-déjeuner dans une bâtisse juste avant le pont au bout de l’île. Nous mangeons le traditionnel phở, une soupe de noodles avec du boeuf et la fameuse Huda beer à 6000D ! Excellent avec des gens très aimables surpris de voir 4 étrangers perdus au milieu de nulle part ! On était, à coup sur, l’animation de la journée. La bière fait son effet, attention avant de reprendre la route.
On reprend la piste direction les montagnes qui se reflètent dans la lagune. Passage du pont entre lac et mer, magnifique. Nous longeons la montagne et décidons de pousser jusqu’aux sources de Suoi Voi dans le parc national de Bach Ma. Après une heure de trajet à travers des paysages hallucinants nous trouvons la vallée recherchée. Fréquenté mais heureusement nous arrivons après le rush, tout le monde part ! Après un peu de marche nous arrivons dans un havre de paix : une eau claire au milieu des rochers à l’ombre d’imposantes montagnes de la chaîne Annamite. Source extraordinaire avec température rafraîchissante ! Un paradis qui nous enlève toute la sueur et la crasse du voyage.
 
Retour vers Hué entre montagne et lagune, le ciel rougit et se couche derrière le relief. Sensation intense de liberté et de vivre un moment unique. La nuit tombée et à cours de pétrole nous arrivons juste à temps dans les rues encombrées de Hué. Soirée dans un resto végétarien puis dans un bar, et un autre pour abuser de la Danish Technology.

22 juin : De Huế à Hội An, 1123km
Obtenir de l’argent liquide (ces fameux milliers de Dong) est une vraie chasse au meilleur taux. Nous avons tous emporté des dollars US que l’on échange contre des dongs. Le meilleur taux de change se trouve chez les bijoutiers qui profitent du marché noir, et pas dans les banques. Alors c’est la tournée des bijouteries, mais encore faut-il les trouver, elles sont souvent dans la même rue !
Une fois mes billets en poche, je m’offre un petit-déjeuné typiquement français aujourd’hui : 2 pâtisseries pour 30,000D, encore l’arnaque mais quand même moins cher qu’en France. La colonisation a laissé quelques traces dans les habitudes culinaires vietnamiennes : baguettes et pâtisseries ! A 13h nous prenons le bus pour Hội An. En chemin, tombent nos premières gouttes de pluie depuis le début du voyage. La mousson attendue depuis Mai se fait attendre. La route s’élève et le bus traverse les montagnes. Ces reliefs marquent véritablement le passage entre le nord et le sud du pays. Le bus s’arrête devant la lagune de Lăng Cô devant le très impressionnant col de nuages (photo ci-contre). Mais la modernité va nous faire passer sous la montagne en empruntant le long tunnel vers Danang.
Les heures de bus sont l’occasion de parler avec les locaux et d’améliorer notre maigre vocabulaire. Chào ong (bonjour à un homme). Tôi tên là Julien ! Tôi là nguoi Phap (Je suis français)
Arrivée à Hội An, touristique (trop ?), les visages pâles déambulent partout dans les rues ! La ville jouit d’un riche patrimoine architectural qui témoigne de son importance commerciale. Au XVe siècle, la ville était l’un des plus grands comptoirs de l’Asie du sud-est, animé par les marchandes Japonais, Chinois et Européens. Aujourd’hui Hội An est le paradis du textile (soie) et de l’artisanat en tout genre. Avec Niels nous recherchons la « nourriture de rue » et évitons les restaurants. Dans l’ombre d’une rue mal éclairée nous trouvons une marmite de viande de chien ! Nous essayons avec une soupe de riz, un pain de farine de riz et quelques légumes. Pas mauvais.
Pour une fois soirée au calme a rédiger des cartes postales.


23 juin : Hội An
Encore une rencontre : avec Thoa, une jeune vietnamienne que Fatima a rencontrée hier soir dans un restaurant. Elle se propose de nous faire visiter les environs, et le meilleur moyen de se déplacer, c’est à vélo ! Alors direction la campagne avec notre guide. La mer, au village de Cửa Đại est à 5km, eau chaude et transparente encore un vrai bonheur. Thoa, peut-être un peu pudique de se baigner avec des étrangers, reste sur la plage avec veste et pantalon. Mais comment peut-elle supporter la chaleur avec de tels vêtements ? Les locaux sont souvent habillés en pantalon et manches longues, il n’y a que les touristes en short et tee-shirt ! Une protection contre le soleil, les moustiques et la poussière peut-être.
Sur l’eau de drôle d’embarcations circulaires servent à la pêche côtière. J’ai aidé à remonter l’une de ces barques, appelées «thúng chai», sur la plage avec d’autres pêcheurs, mais ça pèse un poids ces engins là ! Nous sommes ensuite partis explorer la campagne et les jardins de Cửa Đại : une terre d’abondance avec profusion de fruits et légumes, un paradis. Puis retour à Hội An pour réserver nos billets pour … Nha Trang ou Dalat, toujours après une dure négociation ! A 3 personnes, pas facile de se mettre d’accord. Je suis comme d’habitude toujours au milieu. Finalement ce sera pour Dalat. Un déjeuner au restaurant calmera les tensions. Excellent repas de fruits de mer au restaurant où Thoa travaille avec vue sur la rivière Sông Hoài.
Thoa décide de nous emmener chez elle, un village de l’autre côté de la rivière. Le meilleur moyen d’y aller est donc le bateau ! Des navettes fluviales effectuent de nombreuses traversées entre Hội An et les villages du fleuve (5000D la traversée). Les bateaux sont lourdement chargés en vélo et scooter. Retour au calme dans un village connu pour son artisanat. Nous atteignons finalement la maison de Thoa au bout d’une route bordée de palmiers et arbres en fleur. L’habitation est simple et confortable jouxtée par un poulailler et la rivière juste derrière. D’ailleurs les inondations en saison des pluies sont courantes.


Le salon est le centre de la maison, c’est la pièce où sont entreposés quasiment tous les meubles de la famille ! Canapé, buffet, table, télévision etc. Les autres pièces paraissent vides malgré le superbe carrelage qui recouvre l’intégralité de la maison. Une mezzanine fait office de chambre à couché au dessus du salon. Non loin de sa maison nous nous recueillons au temple qui prend une importance pour beaucoup de vietnamien (photo). Les moines, amis des parents de Thoa, sont heureux d’accueillir des étrangers. Rencontre avec le beau-frère et le grand père. Fou rire et complicité garantit quand on essaye de se faire comprendre ! La famille doit occuper une position sociale relativement élevée. Les enfants étudient à Saïgon ou Danang et parlent l’anglais (ce qui est rare au Vietnam). Thoa étudie les langues pour devenir guide touristique ou travailler dans le tourisme, un débouché porteur dans la région.
A 5h nous retournons à Hội An par le bateau. Court arrêt au marché pour acheter quelques fruits pour le trajet vers Dalat. Nous quittons Thoa avec un pincement au cœur en lui souhaitant le meilleur pour son avenir.

Carnet de voyage Asie 2 : Golfe du Tonkin et Hà Nội

17 juin : Bãi Cháy - Golfe du Tonkin, 165 km
Le peu de temps que nous consacre notre voyage à certains lieux nous poussent à fuir Hanoï et visiter l’une des splendeurs du Vietnam : la baie d’Halong. Mais dur de s’y retrouver dans une ville étrangère. Et cette inexpérience va nous coûter cher : prendre un minibus « local » sans être sur de la destination (Halong !). Aucun bus n’indique la direction « Hạ Long » et personne ne semble comprendre l’anglais. Alors nous nous laissons convaincre par un chauffeur qui nous affirme s’y rendre bien que la pancarte n’affiche pas la bonne direction. Après avoir attendu (30 minutes ?) que le véhicule soit suffisamment plein, le minibus prend enfin la route. Nous comprenons vite que le trajet va être épuisant : le minibus prend les gens et les déposent tout le long du trajet, en prenant bien le temps de se faire remarquer par les clients potentiels. Alors dans chaque village c’est un déluge de coups de klaxon.
Première expérience des transports locaux difficiles, la chaleur devient très vite intenable dans ce minibus chargé au maximum de sa capacité. Nous devons bien être 25 à nous entasser dans le véhicule et les réserves de nos gourdes s’épuisent rapidement. Chaleur, musique tonitruante, 5 heures après nous arrivons enfin à destination après avoir parcouru les derniers kilomètres en moto-taxi, les fameux Xe Ôm, on n’en pouvait plus !
Halong s’offre à nous à Bãi Cháy, la muraille de pitons rocheux au large nous laisse rêveur. Quelle magie. Nous passons notre après-midi sur la plage à l’ombre d’un parasol à siroter bière et noix de coco. Repos et douceur océanique plus que bienfaisant après la fournaise urbaine. La plage est bondée et pas forcément propre mais le rêve est là : l’une des plus belle baie du monde sous nos yeux.
De nombreux photographes proposent leurs services sur la plage. Beaucoup de vietnamiens ne possèdent peut-être pas d’appareil-photo.
Le soleil décline peu à peu, le ciel rougit sur les palmiers de la plage de Bãi Cháy. Nous organisons notre sortie dans la baie à l’hôtel : une mini-croisière à la journée.




18 juin : La Baie d’Hạ Long
Départ à 9h sur une jonque à moteur. Pour visiter la baie il est difficile d’éviter les croisières organisées sur une embarcation remplit de touristes à peau blanche, appareil photo en bandoulière. Cependant nous avons quand même déniché une offre intéressante : nous trois et des couples de vietnamiens sur la même embarcation ! Terrasse privée sur le pont avec banquette, table et auvent, on ne peut rêver mieux.
Première escale à l’île des Merveilles, une île loin d’être déserte. Beaucoup de touristes mais que des vietnamiens (vacances obligent)! Alors ça pousse et ça double lors de la visite de la grotte.
Retour au calme, sur notre terrasse avec vue, à admirer les milliers d’îlots qui passent devant nous. Droit devant le marché flottant : des maisons posées sur l’eau qui cachent de petites exploitations aquacoles. Nos marins font leur marché pour préparer le repas du midi : poisson, crevette etc. A l’heure du repas, tout le monde s’installe à une même table. Chacun se sert dans les nombreux plats présentés. Un délice et une franche partie de rigolade avec les vietnamiens. Le tout arrosé de bière et de Hanoï Vodka ! Alors un shooter ça passe mais 3 … Avec ça on se dit que ces gens ont la meilleur vie du monde : promener les touristes sur l’eau en fumant de la marijuana, buvant de la bière et partageant des festins avec les visiteurs ! Nous ferons la digestion sur l’île de Titop et sa belle plage de sable fin (à 10 000 D quand même !) en face du décor de la muraille de pierre qui nous entoure. Eau chaude, soleil, palmier, le rêve tropical. On se délasse et on évacue la sueur qui nous colle immanquablement à la peau.
A Titop il y a la plage, mais il y a aussi son point de vue. Après avoir gravit les centaines de marches qui mènent au sommet vous pourrez vous croire le roi de la baie : vue à 360° sur les pitons de calcaire posés sur la mer émeraude. Peu de mots pour décrire ceci.


Les milliers de pitons rocheux couleurs gris-verts se seraient formés dans le sillage d’un dragon (Ha Long signifie descente du dragon) descendant la montagne. L’eau aurait ensuite envahi son passage submergeant la baie. En réalité ces formations karstiques en «pain de sucre» sont caractéristiques de la dissolution du calcaire dans les régions tropicales humides.



Retour dans la fournaise Hanoïenne dans un bus de touristes chinois. En attendant Huy, nous mangeons dans un restaurant de Bao Khan le Rainbow.
Ces premiers jours en Asie sont vraiment épuisant. Je pense m’être assez bien habitué à la chaleur et la nourriture mais le contact avec les locaux est assez déconcertant. Les vietnamiens courent toujours après vous et votre argent que ce soit les taxis, les vendeurs de rue. Les étrangers paient souvent le triple des prix locaux. Pas évident de s’y retrouver avec cette liasse de billet : 1$ vaut 20 000 Dongs !
Rencontre manquée avec Huy et début de la galère pour trouver un taxi pour nous emmener dans le centre-ville de Hanoï. Nous arrêtons tous les taxis mais aucun des chauffeurs ne parlent anglais, ils ne sont même pas foutu de lire une carte ! Il est d’ailleurs probable qu’ils n’ont ni permis ni licence de Taxi. Mais ne pas reconnaître le centre-ville sur leur propre carte, il faut le faire !!! Il est déjà très tard et finalement après bien 40 minutes d’agitation Niels guide le chauffeur jusqu’à l’adresse d’un hôtel et il nous le fait payer le prix fort : 100 000 D ! On refuse de payer. Marre des arnaques, les billets filent à une allure impressionnante. On trouve une chambre, soulagement après cette soirée de galère. L’épuisement et la fatigue me plonge direct dans les bras de Morphée.


19 juin : visite de Hà Nội
Après une longue négociation pour avoir nos billets de bus pour Huế, nous avons le champs libre toute la journée pour découvrir un peu mieux Hanoï. La ville est pleine de charme avec ses lacs et ses avenues boisées. Nous visitons le temple de mont de Jade (Đền Ngọc Sơn) sur une île au milieu du lac Hoan Kiêm. Un havre de calme au milieu de cette ville animée. Le quartier des 36 Guildes est au contraire une frénésie de commerces et boui-bouis en tous genres. Chaque corporation de métiers occupe une rue : on trouve donc Hàng Bạc, la rue des orfèvres, Hàng Gai, le rue du chanvre etc.
A l’est, nous poursuivons vers le quartier des ambassades où se dressent de somptueuses villas gardées par de nombreux vigiles. Puis nous visitons le temple de la littérature remarquable par ses jardins et cours intérieurs.
La marche est épuisante sous une telle chaleur. Marcher coûte cher, car cela coûte de l’eau ! Sans eau pas de marche. Au prix de la bouteille d’eau (10 000D ou 0,5$), cela fait un budget. Heureux occidentaux qui n’ont qu’à tourner le robinet pour pouvoir boire. Ici la quête de l’eau est une préoccupation continuelle : tous les deux heures au moins il faut trouver un point d’eau ou une boisson pour se rafraichir.
Il n’y a pas que la chaleur qui est épuisante, le contact avec les locaux aussi. Le moindre achat demande d’intenses efforts de négociation. Nous avons toujours autant de difficultés à acheter quelque chose, les prix demandés sont vraiment exagérés et les négociations sont éprouvantes, d’autant plus que très peu de commerçants comprennent l’anglais ! On questionne Bao Nhiêu ? Et alors à coup de chiffres sur un bout de papier on tente en vain de faire baisser le prix demandé. Mais perdre 25 minutes pour acheter 7 nems, il faut vraiment être patient !
Ce soir j’attends dans la poussière le bus pour Huế, le premier est parti sans nous. Espérons que le prochain ne tarde pas trop … s’il y a un 2ème !
Finalement l’attente n’aura pas été trop longue. Le bus à couchette est assez drôle et paraît confortable. Mais quel trajet ! L’état de la route est déplorable, ça secoue dans tous les sens. Et mes boules quiès ne couvrent pas le bruit des klaxons. La nuit va être longue et périlleuse.

Carnets de voyage Asie : l'arrivée au Vietnam

15 juin 2010 : vol TG 931 Paris-Bangkok
Ca y’est, j’ai mon billet d’avion pour Bangkok ! Gros stress avant d’arriver à l’aéroport, il faut dire qu’on ne part pas tous les jours tout seul à l’autre bout du monde. Billet en poche le stress redescend et je réalise enfin ce qui m’arrive : un mois de voyage en Asie du Sud-est. Destination adulée par les backpackers du monde entier par sa riche culture et ses paysages de rêve. L’Asie offre un dépaysement radical pour les occidentaux : diversité des populations, des langues. Une culture influencée par la religion et des spécificités culinaires propres à chaque région.
Je ne vais pas voyager seul mais avec deux autres compagnons de route rencontrés par hasard sur la Toile ! Le réseau Couchsurfing est le lieu de rencontre des voyageurs avides de nouvelles expériences et de contacts avec les populations du monde entier. Quelques mois auparavant, Fatima, une australienne lançait un message à qui voudrait l’accompagner dans un road-trip à travers l’Asie du sud-est. Les dates du voyage me correspondaient, il ne restait plus qu’à organiser le trajet avec Niels, un Danois ayant également répondu à l’appel et Fatima ! Et c’est pourquoi nous nous sommes donnés rendez-vous demain à l’aéroport de Hanoï. L’un des rendez-vous les plus inattendus et les plus improbables que je puisse imaginer !
Sur le chemin de la porte d’embarquement première rencontre avec la population « locale » : un thaï qui travail dans le textile et qui va retrouver sa famille après 4 ans passé à Paris. Malgré son français très approximatif je ressens que l’émotion est grande pour lui et réalise par là les conséquences de la mondialisation…
Dans l’avion, le hasard me place à côté de Marie Christine : baroudeuse retraitée hors pair qui compte à son actif 85 pays et qui passe rarement plus de 2 semaines chez elle à Paris. Discussion enflammée autour des voyages, une sorte de passage initiatique pour mon manque d’expérience. Ce genre de vie est un choix, et elle a fait ce choix : voyager et abandonner toute vie familiale après 44 ans de dure labeur à travailler comme documentaliste. Elle est même un peu visionnaire et me prédit ces choix que je devrais un jour faire…
Je reste encore rêveur devant ce tableau de bord qui me montre la position de l’appareil sur la surface du globe : Europe puis Afghanistan, Inde, des pays survolés qui me font dire que la planète n’est finalement plus si grande avec les moyens de transport d’aujourd’hui.

16 juin : Rendez-vous : Hà Nội
Après 11 heures de vol, j’atterris à l’aéroport de Bangkok. Marie Christine fascinée par mon courage et mon projet me souhaite une belle et longue carrière de voyageur.
Le hall neuf de l’aéroport m’épargne le soleil et les 37°C qui règnent à l’extérieur. La fatigue m’assomme et je m’assoupis sur un banc pendant les 6 longues heures d’attente avant mon départ pour le Vietnam. J’embarque avec Vietnam Airlines pour Hanoï ! Il n’y a pas beaucoup d’occidentaux dans l’avion et je suis l’un des plus grands dans l’appareil.
J’arrive à Nội Bài airport dans une chaleur écrasante : 37°C ! Comment vais-je survivre dans cette fournaise pendant un mois ? Sitôt passé le contrôle de la douane, un chauffeur de taxi me poursuit car bien décidé à me conduire à Hanoï. Je ne suis pas encore très habitué à la manière dont les locaux abordent les touristes pour leur proposer leurs services. J’attends avec impatience et inquiétude le vol des couchsurfeurs qui arrivent de Hong-Kong sur le tableau des arrivées. Ils ont commencé le voyage 4 jours avant moi en Chine pour visiter la fascinante ex possession britannique. Mon emploi du temps ne m’a pas permis de les rejoindre là-bas mais l’occasion se représentera peut-être de découvrir cette étonnante ville dont beaucoup de gens m’ont rapporté les mérites.
Le vol s’affiche finalement 20 minutes avant leur arrivée .Je fais enfin la connaissance de Fatima et Niels avec qui je communique depuis quelques mois déjà sur ce fabuleux voyage ! Premier essai de marchandage pour négocier le meilleur prix afin d’aller en centre-ville. Fatima semble la plus habituée. Finalement c’est avec 30 000 Dongs que le minibus nous conduit vers la ville. Hanoï est situé dans la vallée du fleuve Rouge (ou delta du Tonkin) entouré de nombreuses montagnes qui offrent un décor spectaculaire à la vallée.
Sur la route le paysage m’éblouit et me fascine : les maisons étonnantes colorées et toutes en hauteur, la circulation monstrueuse de scooters et deux-roues, Hanoï ne laisse pas indifférent. Couleurs, poussières, senteurs, chaleur tous nos sens sont en éveil ! Les rues très arborées font respirer ces rues très poussiéreuses.

Ce soir pour notre première journée sur le sol vietnamien, nous avons rendez-vous avec Huy, un couchsurfeur local qui c’est proposé de nous héberger. Ce Vietnamien de notre âge habite un quartier pittoresque au sud de la ville. Il nous offre un merveilleux repas (pâtes avec légumes et sauce épicée) après cette longue journée éprouvante, rien de tel pour faire connaissance.
La date de mon voyage (Juin 2010) correspond également à un évènement d’importance mondial : la coupe du monde de football en Afrique du Sud. Malgré mon peu d’engagement pour ce sport, l’engouement de la population locale ne permet pas d’oublier un match retransmit à la télévision et dans tous les bars de la ville. On sort donc dans un bar animé en centre-ville. La nuit est tombée depuis quelques heures déjà mais il y a toujours autant de monde dans les rues et la température ne semble pas avoir descendue. Le bar se situe au 4ème étage d’un bâtiment du quartier historique des 36 Guildes, mais quelle souffrance, à chaque étage on gagne bien un degré ! Heureusement le bar est climatisé. Il y a beaucoup d’européens (français) et l’ambiance est à la fête, musique internationale et match de coupe du monde (Espagne-Suisse) ! Pas trop dépaysant mais l’atmosphère est survoltée et ponctuée par les coupures de courant. Remettez la clim, je me fous du match ! A l’extérieur la terrasse offre un point de vue incomparable pour une partie de billard sous l’instabilité électrique du ciel tonkinois.
Mort de fatigue, nous nous endormons tard dans une des chambres surchauffées de la maison de Huy.

7.9.10

Les conséquences de l'urbanisation à Hà Nội

La ville a de tout temps opposé le monde rural que ce soit en termes d’apport économique ou de mode de vie. L’intense développement urbain qui s’est opéré depuis le 20ème siècle a engendrée une forte concurrence entre ces espaces, et toujours en défaveur des activités agricoles. Cette situation est aujourd’hui particulièrement prégnante dans les métropoles des pays en développement où le développement urbain tentaculaire met en péril les activités traditionnelles.

Le delta du Tonkin dans le Nord du Viêtnam est, avec d’autres vallées fertiles (Nil, Mékong etc.), une des régions où la mise en valeur agricole a été intense. En résulte des densités de population records : plus de 400 habitants par km² dans le delta voir jusqu’à 1000 habitants par km² près des rives du Fleuve Rouge (1). Cet équilibre entre main d’œuvre et production agricole permis par la culture du riz est aujourd’hui menacé par l’extension urbaine de Hanoï. En effet l’ouverture du pays a donné une soudaine fièvre aux investisseurs et promoteurs ce qui fait pression sur les espaces périurbains.


Diversité des usages du sol dans la banlieue sud de Hanoï, Jousseaume, Juin 2010



Le projet Seek East Asian Rural Urban Synergy (SEARUSYN) en collaboration avec l’université de Wageningen propose une intéressante étude sur les conséquences de l’extension urbaine hanoïenne sur les activités agricoles (2). L’étude a été réalisée sur 2 districts périurbains de la région de Hanoï : Gia Lam et Long Bien.

Une urbanisation croissante impulsée par le développement des infrastructures
En tant que métropole (3 millions d’habitants) d’un pays en développement, Hanoï a un énorme besoin en infrastructure pour se moderniser. L’amélioration du réseau de communication (routier et ferroviaire) est cruciale pour éviter les encombrements et la saturation des routes. La motorisation des ménages engendre une circulation effroyable qu’il est encore très difficile de juguler. De plus le développement économique apporte son lot de zones industrielles qui vont bientôt encercler la ville. Des dizaines de projet sont en cours et ce n’est pas près de s’arrêter.
En conséquence l’urbanisation explose, principalement aux franges de la ville. De 1998 à 2003, 7000 ha de terres agricoles ont été urbanisées et la municipalité prévoit la disparition de 12 000 ha de terres agricoles d’ici à 2020 ! Les projets de développement urbain intègrent bien la protection d’une ceinture verte (Green Belt) autour de la ville, mais les activités agricoles ne semblent pas rentrer dans ce cadre … Quels sont donc les rôles et les compétences des autorités locales dans ces projets de planification ?

Gia Lam, un district périurbain en pleine évolution

Le district de Gia Lam divisé en deux administrations distinctes (Gia Lam et Long Biên) se situe à l’est de Hanoï par delà le fleuve Rouge. Sa proximité avec la ville a provoqué un intense développement résidentiel et industriel, réduisant considérablement les espaces agricoles. Le district de Long Biên a même le statut de district urbain. En peu de temps les infrastructures ont grandement évolué (construction de ponts, voies express etc.). Mais se développement n’est pas sans risque, la proximité du fleuve soumet cet espace aux crues annuelles durant la saison des pluies. Le maintien des pratiques agricoles est vital pour préserver et entretenir le dense réseau de canaux qui irriguent la plaine.

Les compétences des collectivités locales au Viêtnam
Comme en France, le Viêtnam possède une superposition de collectivités avec des compétences particulières. La région-capitale de Hanoï est subdivisé en 12 districts, eux-mêmes composés de plusieurs communes.
Pour les projets d’infrastructures publiques ou liés à la sécurité c’est le gouvernement ou la région d’Hanoï qui sont les décisionnaires. Les districts, communes et résidants n’ont aucun rôle.
Pour les projets privés (investisseurs, promoteurs etc.) la concertation se fait au niveau local et régional :
- Théoriquement les investisseurs doivent s’adresser aux districts qui travaillent avec les communes pour évaluer les besoins en foncier du projet. Après l’approbation du district, le projet est présenté aux différents services de la région de Hanoï. C’est finalement l’avis du service d’Aménagement et d’Investissement qui permet de lancer le projet.


- Dans les faits les investisseurs s’adressent tout d’abord au département d’Aménagement qui s’arrange avec les districts pour faire naître les projets. Par conséquent il y a très peu de refus.

- Pour les projets concernant la ville de Hanoï, la région-capitale a créé un comité d’aménagement étudiant l’évolution future de la ville (Board of Hanoï Capital Region Planning). Des représentants des 4 départements (service Aménagement et Investissement, service des Ressources naturels et de l’Environnement, service Architecture, et enfin service Génie Civil) participe à ce comité. Un plan global d’aménagement (masterplan) est établi en collaboration avec le Centre Régional d’Aménagement. Un projet d’aménagement doit avoir l’approbation de ces 4 instances pour être mis en œuvre.

Les conséquences de l’urbanisation sur le niveau de vie des agriculteurs
Face à la perte massive des terres allouées aux activités agricoles au profit de l’urbanisation, un très grand nombre d’agriculteurs ont été expulsés et se retrouvent aujourd’hui sans terre. On estime à 20 000 chaque année le nombre de « paysan sans terre » supplémentaire. Hanoï comptait 842 000 agriculteurs en 1995, ils n’étaient plus que 600 000 en 2003 !
Le plus dur pour ces foyers est donc de retrouver une activité rémunératrice. Les investisseurs sont normalement tenus de verser une compensation importante aux expropriés et de leur fournir un nouvel emploi. La municipalité s’engage également à proposer des formations professionnelles aux sans-emplois. Cependant l’argent reçu par les agriculteurs est rarement employé pour investir dans une nouvelle activité. Persuadé d’entré dans la modernité les expropriés se font construire des maisons onéreuses avec de nombreux équipements. Aucun support ou conseil ne les oriente sur ce qu’ils pourraient faire.
De plus les investisseurs hésitent à les employer dans leurs nouvelles usines car ils sont pour la plupart non-qualifiés. Les agriculteurs sont souvent prévenus a très court terme de leur expropriation, ce qui ne leur laisse pas de temps pour ce reconvertir. Les chômeurs se retrouvent en concurrence avec la masse de jeunes adultes arrivant sur le marché de l’emploi, ce qui rend la reconversion d’autant plus difficile.

Les conséquences sociales du recul massif de l’agriculture périurbaine sont importantes pour les ménages concernés. Le chômage apporte précarité et incertitudes souvent associé à la violence et la criminalité. La pauvreté concerne de très nombreux espaces périurbains. Les agriculteurs n’y possèdent plus de terre pour exercer leurs savoirs-faires et n’ont pas les qualifications nécessaires pour s’intégrer à cette nouvelle société en développement.

Quel rôle pour l’agriculture dans l’aménagement futur de la ville de Hanoï ?
Le plan global d’aménagement attribue des fonctions importantes à l’agriculture : elle doit fournir des vivres pour la ville et contribuer au marché de l’emploi dans les zones périurbaines. L’agriculture est également une ceinture qui doit faire rempart à l’urbanisation excessive, un espace privilégié pour développer l’écotourisme. Ces beaux projets ne semblent pas prêt de se réaliser ; le plan ne précise pas ce qu’il entend par « ceinture verte ». Il est probable que l’agriculture ne soit pas entièrement prise en compte. De plus les investissements attribués aux activités agricoles ne représentent que 3-4% du budget de la ville de Hanoï pour un espace considérable.

La concertation entre les acteurs des projets est indispensable pour améliorer les conditions d’installation des nouvelles implantations. Les services de la ville travaillent souvent chacun de leur côté sur un même projet ! Comment intégrer la diversité des problématiques et des enjeux (sociaux, environnementaux etc.) dans ces conditions ? Le conseil municipal souhaite également mieux informer les citoyens des projets et changement d’affectation du sol. Reste à trouver les outils de cette meilleur communication pour que les premiers concernés soit les mieux informés. L’amélioration des conditions de formations des expropriés est également un enjeu crucial pour ne pas exclure cette population de la société.
Malgré la masse de personnes travaillant dans le secteur agricole, cette activité ne génère que de faibles revenues en raison des conditions encore archaïques d’utilisation du sol. Les parcelles sont morcelées à l’extrême suite aux nombreuses successions d’exploitation. Par conséquent l’agriculture permet juste un approvisionnement local et ne permet pas d’être orienté vers l’exportation. Des réformes semblent nécessaires pour élever le profit des exploitants agricoles, cette activité pourrait prendre plus de place dans les décision d’aménagement et être mieux considéré parmi les corps décisionnaires.


(1) Lire GOUROU. P, Le Tonkin, Paris, Exposition coloniale internationale, 1931 et Les paysans du delta tonkinois, Paris, EFEO, 1936


(2) NGUYEN Vinh Quang, The impact of urbanisation on agriculture in Hanoï, SEARUSYN, Hanoï, Février 2005. Pour lire l’étude cliquez ici

22.9.09

Nouvelle ville, nouveau port!

Après Nantes et Portstewart mes études me mènent une fois de plus près du rivage. Mais les géographes ont toujours aimé les ports, synonyme de voyage et de partance.

Pour un rural comme moi ayant découvert ‘la ville’ que très tardivement, la ville a toujours été un objet de fascination par l’intensité et la densité de son activité. J’emménage donc dans une nouvelle cité, atypique par son histoire qui a laissé de lourdes traces dans l’architecture et les paysages urbains.
Les traces du passé sont en effet difficile à identifier : pas d’immeubles bourgeois, pas de monuments anciens. A la sortie de la gare tout inspire le ‘neuf’ dépassé des années 60. Grandes alignées d’immeubles en béton, prédominance de bâtiments de grande hauteurs, de tours, même en plein centre-ville. Seul l’hôtel Gabriel et la tour de la découverte surplombant la rivière Scorff datent de plus de 60 ans. Une ville-nouvelle, une banlieue ? Non
Ville maritime, le port de plaisance en plein centre-ville, n’est là que pour la flânerie. Le vrai cœur économique de la ville se situe sur toute sa façade maritime : des quais, des docks, des industries, d’innombrables entrepôts et de quelques navires. Un port très actif puisqu’il est le 2ème pour la pêche en France, employant 3000 employés et également un port de commerce chiffrant 2,6 millions de tonne de fret par an.
Et c’est ce destin maritime qui fait vivre cette ville depuis 343 ans, lorsque Colbert décida d’y installer un chantier de construction naval pour le compte de la compagnie des Indes en 1666.
Il s’agit de la ville de LORIENT, sur la côte Bretonne.

Lorient fut donc fondé au 17ème siècle à l’époque des grandes découvertes et explorations maritimes. Le site de l’embouchure du Scorff et du Blavet, bien abrité dans une vaste rade et protégé par la citadelle fortifiée de Port-Louis, (photo ci-contre) fut choisit pour accueillir la construction et l’armement des navires se rendant en Orient. Le navire Soleil d’Orient connu sous le nom de l’Orient, donnera son nom à la ville.
L’installation de l’arsenal sur le Scorff va générer l’implantation de multiples activités : corderie, métallurgie et aussi une boulangerie grâce aux moulins du Faouëdic encore visible aujourd’hui.
Sous Louis XIV, les guerres incessantes nécessitent de protéger le site stratégique de Lorient, la marine s’installe donc tout près des chantiers. Jusqu’alors les navires de la compagnie débarquaient leurs épices dans d’autres ports de commerces, notamment Nantes. Mais en 1719, la ville devient l’unique centre d’activité de la compagnie. Lorient n’était qu’un vaste chantier naval entouré de baraquements où s’entassaient les ouvriers. Elle ne possédait pas d’infrastructure d’accueil des négociants et marchands. La création de la nouvelle ville, capable d’accueillir l’activité commerciale de la compagnie, va être attribuée à l’architecte Jacques Gabriel. Il bâtira ainsi l’hôtel des ventes en 1733 (actuellement l’Hôtel Gabriel, photo ci-contre) près de la porte de l’Enclos.
Lorient détient le monopole commercial en France sur les marchandises exotiques du monde entier (Louisiane, Afrique, Orient).
La tour de la vigie est un bâtiment emblématique de Lorient. La vue allant de Quiberon à l’Île de Groix permettait de contrôler l’arrivée des navires dans la rade et limiter la contrebande. Les marchandises étaient préalablement scellées à l’île de Groix avant d’être déchargées dans le port de Lorient.
Aujourd’hui l’Enclos du port possède presque les seuls monuments visibles d’avant les bombardements de la 2nde Guerre Mondiale (Les moulins, l’Hôtel Gabriel et la vigie).

Ce site stratégique sera vite investi par les allemands en 1940 qui vont y installer une base pour le stationnement de sous-marins. Les 3 indestructibles Blockhaus garderont encore longtemps le port de Lorient alors que la ville fut littéralement pilonnée par les Alliés. 85% de la ville fut détruite ce qui explique les peu de marque du passé.

17.6.09

Mesure de la ségrégation communautaire à Belfast

Depuis des décennies les habitants de Belfast ont eu l’habitude de se regrouper par quartier de même communauté, question de sécurité pour éviter la violence. Il n’est pas difficile de savoir où l’on se trouve dans les quartiers en dehors du centre-ville. Si les checkpoints et les miradors ont disparus, les marques d’appartenances transparaissent partout dans la ville à travers les fresques murales destinées à impressionner l’autre communauté.

Mais 10 ans après le Belfast agreement et la fin officielle de la guerre civile, quand est-il de la ségrégation ? Grâce aux sources du centre de statistique Nord-irlandais (Northern Ireland statistics and research agency), j’ai pu cartographier et donner quelques mesures de la ségrégation dans les Wards de Belfast (recensement de 2001). Les wards sont les échelons territoriaux les plus fins en Irlande du Nord (des circonscriptions administratives).
J’ai pris en compte dans mon étude les 50 Wards de la Communauté Urbaine de Belfast (Belgast City Council) et intégré plusieurs Wards au Sud inclus dans l’air urbaine de Belfast : 12 Wards du Castlereagh Borough Council et 5 Wards du Lisburn City Council. L’agglomération s’étend bien plus loin de chaque rive du Belfast Lough et dans le fond de la vallée de la Logan mais les Wards y sont beaucoup plus polarisé par les villes de Hollywood, Newtownabbey et Lisburn que par la ville de Belfast.
Notre étude s’étend donc sur 67 Wards

Une première carte flagrante de la composition religieuse des quartiers, la mixité n’est pas encore de mise dans la capitale Nord-irlandaise !
J’ai choisi le seuil de 85% pour désigner les Wards à très forte majorité mono-religieuse mais le seuil de 90% aurait également pu être très significatif. Je vais les appeler les Wards ségrégués. Le recencement révèle que 192 841 personnes des 332 229 habitants de Belfast vivent dans un Ward ségrégué soit 58% de la population. Le détail montre qu’environ 56% des catholiques et des protestants vivent dans ces quartiers profondément ségrégués.
Les wards que l’on peu qualifié de mixte quand la communauté majoritaire ne dépasse pas 60% représentent seulement 20,7% de la population !
Cependant on peut critiquer la pertinence du découpage des wards pour juger de leur composition religieuse. Des wards peuvent se trouver à cheval sur une frontière ethnique et ne pas refléter la ségrégation à l’intérieur ! L’exemple le plus significatif est celui de Ballymacarrett à East Belfast. Ce Ward est à 50% catholique et 47% protestant, un exemple de mixité me dîtes-vous ? A y voir de plus près le Ward est divisé par un ‘mur de la paix’ divisant l’enclave quasi-exclusivement catholique de Short Strand à l’Ouest, du reste du quartier. Et de nombreuses autres frontières religieuses sont comprises à l’intérieur des Wards. Cependant le tracé des peacewall reprend souvent la jonction entre 2 Wards.

La composition sociale des Wards paraît aussi inégale que la partition religieuse.


J’ai pris pour cela l’indice du taux de chômage dans la population active pour refléter cette tendance. La carte du taux de chômage fait nettement apparaître West Belfast et à vue d'oeil les quartiers les plus ségrégués ! La ségrégation entre les Wards peut-il donner une indication sur le taux de chômage de chaque quartier ? Pour répondre à cette interrogation je vais me livrer à un petit exercice de statistique.
Je vais supposer l’hypothèse : le taux de chômage est indépendant de la concentration des communautés dans les quartiers (hypothèse HO). Pour cela j’établis le graphique du taux de chômage en fonction de la part de la population majoritaire dans chaque Ward.


Le graphique fait apparaître une relation linéaire entre les 2 variables d’équation y=0,128x avec r=0,4883.
Ce résultat de variance calculé doit être testé avec la variance théorique en fonction des degrés de liberté. V= n-p-1 (avec n = nombre de couple et p = nombre de variable explicative). V = 67 – 2 = 65. Avec une marge d’erreur de 1% et un nombre de degré de liberté de 60 la valeur théorique de r est 0,3218. r calculé > r théorique donc je refuse l’hypothèse d’indépendance. Une relation existe bien entre la ségrégation des quartiers et le taux de chômage.

Cependant le modèle comprend de nombreuses exceptions (ou résidu) s’éloignant de cette relation. 2 cas numéroté sur le graphique peuvent-être expliquer autre que par le pourcentage de la population majoritaire dans les Wards.

- le cas 1 est celui du Ward de Ballymacarrett déjà expliqué précédemment. Les délimitations du Ward ne reflète pas la ségrégation à l’intérieur de celui-ci
- le cas 2 est celui du Ward de Shaftesbury, il s’agit du centre-ville de Belfast à la population et aux activités plus diverses que la périphérie.
On peut donc affirmer que les quartiers à fort taux de chômage sont souvent ségrégués (excepté les 2 cas ci-dessus) mais pas l'inverse et que les quartiers mixtes ont un faible taux de chômage.
Une étude plus poussée entre les recensements de 1991 et 2001 (puis bientôt 2011) aurait pu montrer l’évolution de cette ségrégation. Il est pourtant plus probable que celle-ci se soit accentuée depuis une dizaine d’année. Les ‘murs de la paix’ divisent encore largement la ville et semblent loin d’être détruit. Cette solution temporaire qui fut utilisé des années 70 jusqu’aux années 2000 semble maintenant un marqueur durable du paysage.

Belfast Interface Project
Ségrégation en Irlande du Nord, Le Monde Diplo, C. Gouverneur

8.4.09

Géomorphologie de l'Ecosse

Avoir parcouru 850 km à travers les dramatiques et tourmentés paysages écossais m’ont donné l’envie d’en savoir un peu plus sur la création de ce fantastique spectacle donné par la nature ! Alors je vous emmène au cœur de la géologie et de la formation des reliefs qui ont formé la couronne nordique de la Grande Bretagne. Petite étude de la géomorphologie Ecossaise qui explique en partie sa géographie humaine à partir du passionnant et très inspiré ouvrage de J.B. Whittow Geology and Scenery in Scotland (Penguin Books).

Introduction
A partir de Londres, plus on s’éloigne vers le Nord et plus les roches sont anciennes. On atteint les vieilles chaînes Calédoniennes qui s’opposent aux jeunes bassins sédimentaires du Sud de l’Angleterre. 2 phénomènes majeurs sont à l’origine des paysages Ecossais : l’orogenèse Calédonienne au Paléozoïque qui a formé l’essentiel des montagnes du pays et les processus érosifs jusqu’à la dernière glaciation qui a laissé de vives traces dans le paysage Ecossais. D’allure générale l’Ecosse présente une série de plusieurs chaînes de montagnes nettement orientées Sud-ouest Nord-est séparé par de profondes dépressions tel que la Midland Valley ou le Grand Glen au nord. Ces nettes incisions sont le résultat de longues failles qui ont littéralement découpés le relief Ecossais, et permettent d’isoler plusieurs entités géomorphologiques : les failles des Southern Uplands et des Highlands isolent la vallée centrale (Midland valley) du massif Sud (les Southern Uplands) et des Highlands. Les Highlands sont également découpées par la puissante faille des Great Glen qui isole le massif des Grampians des Northern Highlands.
Je vais étudier quelques caractéristiques générales de la Midland valley et des Highlands en focalisant sur certaines particularités.



La Midland Valley
Le terme vallée a été choisi pour désigner cette étendue de basses terres entre les Highlands et les Southern Uplands (délimités par les failles), malgré la présence de nombreuses collines qui élèvent considérablement son relief. Cette vallée présente nettement un phénomène de rifting, un effondrement de la surface entre deux failles. Ce bouleversement est la conséquence d’apparition de lignes de faiblesse durant la création des massifs Ecossais au Paléozoïque qui a progressivement abaissé une vaste étendue de terre d’environ 80 Km de large. Au Carbonifère et au Permien, des sédiments ont finis par se déposer au fond de cette cuvette et créer le présent bassin sédimentaire. Des mouvements tectoniques datant de l’époque hercynienne ont ensuite fracturé le bassin en plusieurs sous entités.

Section de la Midland Valley

(Geology of Scotland, Whittow, 1977)


Intéressons nous maintenant plus en détail aux reliefs régionaux qui parsèment la vallée.
Les richesses du sous-sol de la Midland valley ont été la source du prodigieux essor industriel de l’Ecosse au 18-19ème siècle. Le bassin carbonifère a permit l’extraction du charbon et l’intense urbanisation de la vallée de la Clyde (Strathclyde). Mais bien d’autres reliefs émergent autour de Glasgow que la silhouette des Highlands. De nombreuses collines témoignent d’épisodes volcaniques qui se retrouvent partout en Ecosse. Les Campsie Fells et Kilpatrick Hills au nord de la Clyde ont été formés par des épanchements volcaniques au Carbonifère. Le flanc sud des Campsies et le Nord des Kilpatrick Hills présentent un net escarpement de ligne de faille du à la faille Campsie qui est également responsable de la dépression de Strathbane entre les 2 reliefs. Les collines coniques au nord des Campsies sont le témoin de l’activité volcanique qui se retrouve tout le long de la vallée de la Clyde par des promontoires rocheux.
Le Lothian à l'est de la Midland valley se distingue par des paysages différents de celui du Strathclyde. Il n’y a pas de grand plateau volcanique, le climat un peu plus sec et les sols plus fertiles permettent la culture des céréales alors que l’ouest est dominé par l’élevage. Les environs d’Edinburgh se caractérisent par les nombreuses collines qui entourent la ville. Arthur Seats (l'image au dessus) et Castle Hill en plein centre-ville ont été formé par des intrusions de laves. L’érosion glaciaire et le déplacement du glacier vers la mer (coté est) leurs a ensuite donnée une forme caractéristique avec un versant abrupt coté Ouest tandis que l’Est a une pente plus douce (appelé ‘crag and tail’).

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Les Grampians Highlands
La chaîne des Grampians entre la faille des Highlands Boudaries et le Great Glen constitue le principal massif montagneux d’Ecosse et l’un des plus importants des îles Britanniques. Il est formé de deux formations lithologiques qui constituent deux entités géomorphologiques : le Moinien et le Dalradien, séparé par l’Iltay Boudary Slide.
- Les roches du Moinien sont daté du Précambrien et se retrouvent dans le Nord et le Nord-ouest des Grampians, elles sont composées d’épaisses couches d’argiles et d’arènes.
- Les roches du Dalradien sont un plus récente et sont composés de roches plus diverses en épaisseur et en lithologie. L’érosion différentielle y est plus importante et forme des reliefs plus accidentés dans le Sud du massif.
De nombreuses intrusions granitiques affectent le relief autant que d’épanchements volcaniques.

Rannoch et Glen Coe.
Atteindre la côte ouest des Highlands est une grande aventure. En quittant la vallée centrale, les reliefs s’élèvent, les centres urbains se raréfient et la végétation s’appauvrie. Mais c’est vraiment en se dirigeant vers la côte Ouest de l’Ecosse que l’on mesure la rudesse du climat et des conditions de survie. Les précipitations intenses, le vent et le froid n’ont laissé que peu de chance à la végétation et aux hommes pour s’installer. La route entre Crianlarich et Fort William compte parmi les paysages les plus impressionnants des îles britanniques en passant par les landes désolées de Rannoch et le spectaculaire défilé de Glen Coe. Jetons un coup d’œil à ces formations rocheuses.


Après la vallée boisée de Strath Fillan (Strath désigne une vallée large tandis que Glen, une vallée plus étroite) au niveau de Tyndrum, le paysage se fait plus ouvert et la végétation beaucoup plus basse. On arrive à la vaste dépression de Rannoch Moor recouverte par les landes et tourbières, parsemée de granite gris et de sombres lacs. La géologie de cet amphithéâtre est singulière car le fond (300m d’altitude) est formé de granit gris tandis que les reliefs environs sont principalement de schistes et quartzites. Habituellement la résistance du granit forme les reliefs les plus élevés ! La lithologie des roches alentours composées de quartzites (au sud et au nord-est) ainsi que les roches volcaniques de Glen Coe à l’ouest ont opposé une résistance plus grande que le granite. Les glaciers du Pléistocène ont profondément raboté les roches les plus ‘tendres’.
La silhouette sombre du Buachaille Ative Mor (1022m) divise les vallées de Glen Coe et Glen Etive qui donnent accès aux fiords de l’Ouest de l’Ecosse (et donc la mer !). La vallée de Glen Coe, célèbre pour son massacre de 1692, offre un spectaculaire paysage de vallée glaciaire entouré au Nord par l’abrupt des Aonach Eagach (966m) et au Sud par les masses des ‘3 Sœurs’ : Beinne Fhada (951m), Gearr Aonach (762m) et Aonach Dubh (869m) surmonté du Bidean nam Bian (1 148m). Cette étroite vallée (Glen) a été formé par une brèche qui a permit l’énorme accumulation de glace de Rannoch Moor de trouver une issue vers la mer. La glace a ainsi formé une typique vallée glaciaire en U. La rudesse des pentes alentours tranche avec la douceur des versants montagnards normalement trouvée à cette altitude. La région de Glen Coe est en fait formée de roches volcaniques, proche du pluton granitique du Loch Etive.

Glen Coe

Sortie Glen Coe, la vallée débouche sur l’océan Atlantique et les innombrables Fiords de la côte ouest de l’Ecosse : Loch Etive, Loch Leven etc. La plupart d’entre eux ont été créé par des lignes de faille et ensuite creusé par l’érosion glaciaire. Le fond d’un fjord n’est pas semblable a celui d’une simple vallée inondée type ria. L’action des glaciers a formé une morphologie particulière en succession de bassins. Les glaciers ont tendances à surcreuser la vallée lorsque les roches des parois adjacentes sont dures et à l’élargir à travers des roches moins résistantes. Cette conséquence de l’érosion différentielle a formé des vallées en verrous et ombilics. Cette structure est visible dans la forme des Lochs tel que Loch Etive ou Loch Leven. Après la fonte des glaces, la montée du niveau de la mer a submergé une partie de ces vallées côtières formant les majestueux fiords d’aujourd’hui.